Que calor !!!
L'écologie est devenue une affaire trop sérieuse pour rester l'apanage d'écolopathes arrivistes.
Dans un monde idéal, édénique, l’homme serait sage, désintéressé, sobre, zen, cool, indifférent, asexué, imperméable, isotherme… Néanmoins gourmand et artiste, voyageur et graphomane, cynophile et golfeur. Et aussi, et surtout, farceur et désinvolte.
Dans le monde réel, ici sur la terre calcinée de l’ancienne province du Maine, débraillés et hagards, débiles et souffreteux, prêts à casser la tirelire pour un filet d’air frais, nous dégoulinons et étouffons. Le mercure affiche 40 degrés Celsius. Est-elle incongrue cette température ! Nous commençons à avoir une idée un peu plus concrète de l’enfer… Pour un peu on regarderait la vérité en face.
Pour autant, nous en sommes conscients, nous ne sommes pas les plus à plaindre. Le bon dieu Éole nous gratifie, le soir et la nuit, de bouffées de fraîcheur. Ceints de verdures apaisantes et pénétrés de philosophie bucolique, nous survivons. Même nous apprécions chaque soir de diner au jardin dans une atmosphère égale, ni trop chaude, ni trop froide.
J’ai une pensée empreinte de commisération pour mes amis parisiens assiégés de bitumes thermogènes. Qu’attendent-ils pour demander l’asile climatique à un de ces ploucs obstinément ancrés dans la glaise provinciale. À l’heure de l’étuve est-il encore bien raisonnable de prêter une oreille complaisante aux prédicateurs de l’écologisme moralisateur qui anathématisent ceux qui enfument avec tabac ou pétrole ?
Trop de chaleur tend à étourdir les neurones. Aussi y a-t-il urgence à gamberger avant que nous ne soyons totalement abrutis…
Conformément à ce que les scientifiques prêchent depuis 50 ans dans le désert, nous entrons dans la zone rouge caractérisée par des parenthèses caniculaires plus précoces, plus fréquentes, plus intenses. Ce premier quart du vingt et unième siècle, nous touchons du doigt une réalité longtemps déniée. L’exceptionnel devient l’ordinaire. Pourquoi ?
Because, affirment les spécialistes de la spécialité, la température du globe dépend de la quantité du CO2 présente dans l’atmosphère. Or notre mode de vie est fondé sur la consommation d’énergies polluantes. Chaque jour que le diable fait, huit milliards de personnes vivent donc dérèglent le climat. Les écologistes bisounours en appellent à la décroissance. Autant prier le scorpion de ne pas piquer la grenouille qui le transporte de l’autre côté de la rivière. Cette fable atteste que personne ne sait aller contre sa nature… Or il est dans celle de l’homme de croître comme il est dans celle du scorpion de tuer. N’importent les conséquences ! Imaginent-ils, ces candides donneurs de leçons, convaincre les Poutine, Trump, Xi, Modi, Khamenei, Netanyahou, Erdogan (les sept pêcheurs capitaux) d’adopter soudain les pratiques sobres susceptibles de sauver une planète que leurs hubris s’ingénient à anéantir ?
On ne multiplie pas impunément la démographie mondiale par trois en moins d’un siècle sans exercer un accroissement de pressions anthropiques fâcheuses. Comment réagir ? Les forts en thèmes, qui hantent le cercle de la raison, espèrent rebondir grâce aux progrès technologiques verts et vertueux. Ce serait idéal. Mais on doit admettre que les solutions tardent lors même que le problème, lui, accélère. La science parviendra-t-elle à contenir l’apocalypse en marche. Des adeptes du volontarisme l’affirment. Des experts en doutent. En toute hypothèse, on préfère entendre que “le génie humain sauvera la Terre” de préférence à “la fin du monde se profile”. La lucidité nous laisse à penser que l’objectif d’atteindre la neutralité carbone s’avère inatteignable.
En attendant un miracle scientifique, ne reste que le choix entre deux enfers : celui d’un biotope humain estival transformé en fournaise versus celui de la régression aux conditions de vie misérables de nos ancêtres.
À défaut de s’entendre sur ce qui est nécessaire, sur ce qui est contingent, sur ce qui est possible, le bon sens devrait rénover les bâtiments, végétaliser les villes, climatiser les lieux publics et privés, tenter d’adapter nos politiques industrielles et agricoles, imaginer un modèle alternatif néanmoins émancipateur et souverain et continuer de décarboner autant que faire se peut dans les limites de l’équilibre entre les efforts possibles et les facilités nécessaires.
Last but not least, ces questions environnementales, comme ces esquisses de réponses, demeurent strictement articulées à toutes les autres. Nous ne ferons pas l’économie d’imaginer et d’imposer un paradigme mondial inédit. Espérons qu’il sera démocratique, républicain, pacifique, laïc avec la liberté, la satiété et le bonheur de tous en ligne de mire.
Depuis trop longtemps l’écologie est restée l’apanage des écologistes, des idéologues collectivistes et totalitaires grimés en gaiaphiles (amoureux de la Terre et de la nature). Pastèques à peau verte et coeur rouge. Ces “écolopathes” n’ont eu de cesse de donner le spectacle affligeant du combat de chefaillons addicts à un pouvoir lilliputien. Le temps est venu pour les aspirants présidents, de droite comme de gauche, d’intégrer, non pas l’écologisme punitif dans leur profession de foi, mais le souci de la préservation de conditions de vie agréables sur notre planète. Pour paraphraser Clémenceau, je dirais que l’écologie est une chose trop sérieuse pour être confiée à des écologistes.
B.NO
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