Y a-t-il un de Gaulle dans la salle…
...Pour sauver la France ? In extremis ! Plus de trente aspirants président ont fait un rêve. Faire CHEF pendant cinq ans. Tous crocs et griffes dehors, ils bataillent dans les premières échauffourées d'une empoigne de neuf mois. Elle s'annonce baroque comme jamais. Suspens !
Ils radinent, se pressent, se bousculent, sur la ligne de départ de la course à la présidentielle. Ils lorgnent sur les suffrages des Français, seuls sésames susceptibles de leur ouvrir les portes de l’Élysée. D’autres encore se tâtent. À quoi rime cet embouteillage devant le 55 rue du Faubourg-Saint-Honoré ? Que signifie cette profusion de vocations ? Est-ce un indice de vitalité démocratique ou le symptôme de la faillite du présidentialisme à la française ?
Tous ceux qui se rêvent en calife, fébriles, sont prêts à tout promettre pour aspirer les dernières espérances sur leur nom. Ont-ils un programme ? Inutile. C’est moins une question de projet qu’une réponse d’égo. Ce devrait être un grand rendez-vous démocratique déterminant pour le bien-être des Français dans leur pays, c’est un spectacle, une pantomime, une farce. Et pire, une tromperie. Ces pieds nickelés, experts en esbroufes, vont nous submerger de promesses qui n’engagent que ceux qui les croient, également d’envolées démagogiques et autres “fakes”. Routine démocratique. Et vice systémique. En effet, en France, chaque membre de la gent politicienne entre en politique comme les moines en religion. Pour toujours. À la différence des clercs tonsurés, ils sont priés, à échéances plus ou moins fixes, de renouveler leurs mandats. Pour durer, ils veillent scrupuleusement à caresser l’électeur dans le sens du poil. Lequel, chatouilleux, est toujours prêts à répondre aux sirènes d’un rival qui rase encore plus gratis. Dès lors, l’obsession de la réélection exige de différer sine die une éventuelle réforme courageuse. Mais à force de ne jamais traiter les dysfonctionnements du pays, on se réveille, un laid jour, paralysé de partout. Nous avons été passionnément immobilistes. Nous sommes fort démunis maintenant que soufflent des bises impétueuses. Les caisses son tellement vides que le gouvernement se révèle totalement impuissant à aider ceux que l’envolée du prix des carburants ruine.
Mais revenons à l’élection. Combien de candidats peuvent espérer figurer au second tour ? 5 ou 6 au maximum. Le 2 mai 2027, certains Français, euphoriques, abuseront du champagne d’autres, chagrins, boirons le calice.
Une petite musique commence à bruire… Ici ou là, des exégètes prétendent que quel que soit la personne élue en mai prochain, elle n’aura d’autres choix que de prendre des mesures drastiques infiniment impopulaires pour relever les défis de l’heure. Elles le seront d’autant plus qu’elles auront été éludées durant la campagne. Devons-nous nous attendre à une hausse généralisée des impôts et à une baisse tout aussi généralisée des prestations sociales ? On peut le craindre.
En somme, depuis le départ de de Gaulle, ceux qui se sont crus assez malins pour gouverner les Français – un peuple ingouvernable – ont additionné les mauvais diagnostics, les erreurs de remèdes, les boulettes idéologiques, les lâchetés, les compromissions, le gaspillage, les mensonges… Ainsi tout doucement pas vite, ils ont forgé leur impéritie d’abord, leur impuissance ensuite. Et le dégout du peuple qui s’apprête à jeter dans les bras d’un ultra dans la veine de l’inflexible Robespierre.
Les anciens se souviennent que Le Pen père dénonçait le monopole sur le débat public de la “bande des quatre”*. Elle était composée de deux radicaux, un de droite (Chirac) et un de gauche (Marchais) et de deux modérés, un de droite (Giscard d’Estaing) et un de gauche (Mitterrand). Les termes “modérés” et “radicaux” sont bien sûr à replacer dans le contexte de l’époque.
Trois de ces chefs de parti ont été élu président avec suffisamment de députés au Palais Bourbon pour gouverner. Faut-il ajouter qu’en ce temps-là, l’Élysée et Matignon disposaient du pouvoir de “changer la vie”.
La mondialisation et l’Europe n’ont eu de cesse de grignoter leurs prérogatives. Leurs mains ne sont plus libres. Tout leur est interdit : dévaluer, dépasser les limites du déficit autorisé, privilégier les règles et les orientations françaises aux oukases européens, empêcher les délocalisations etc…
Aujourd’hui le Chef qui cheffe ne pourrait plus dire les vérités que De Gaulle assénait sans barguigner : “La guerre, c’est comme la chasse, sauf qu’à la guerre, les lapins tirent”. – “La réforme oui, la chienlit non”. “Le difficile n’est pas de sortir de l’X mais de sortir de l’ordinaire”. – “Vive le Québec libre…”.
* La traduction 2027 de la “bande des quatre” ce serait les “chimères” intransigeantes, Le Pen contre Mélenchon et les Don Quichotte pondérés, Glucksmann contre de Villepin. Et l’un des deux raisonnables serait élu. Reste que le mirage qui mobilise tant d’envies ouvre des perspectives au champion de chacun. Problème : le futur lauréat sera le favori d’une poignée, donc insuffisamment légitime. Nouvel immobilisme en vue. Perso, je me réjouis que Natacha Polony joue les outsiders.
B.NO
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