C’est gratuit mais…
On veut bien admettre que les habitants des sites touristiques attendent de leurs élus qu'ils gèrent les flux envahissants. Mais il faut trouver la bonne mesure entre gestion et complexité.
Désormais, pour trouver un hébergement, on recoure volontiers à Booking. C’est que cette agence de voyage en ligne arbore des atouts maîtres : choix immense, aide à la décision, annulation flexible, simplicité d’utilisation, réservation rapide, gratuité apparente… De plus, tout le monde a désormais le recul d’expériences concluantes avec cette OTAs (Online Travel Agencies). Il semble que les logeurs ne sont pas toujours aussi satisfaits des règles du jeu imposé par la plate-forme néerlandaise (créée à Amsterdam il y a déjà 30 ans) et possédée désormais par un groupe américain (précision qui laisse à entendre la philosophie de la performance étasunienne donc son âpreté aux gains). Mais… Il arrive que l’on soit surpris…
Ainsi récemment, je voulais réserver quatre nuits dans un gîte à Saint-Valéry-sur-Somme (80). Je voulais tout à la fois disposer d’une chambre confortable, propre, sûre, abordable. Je voulais que le petit-déjeuner soit inclus dans le prix. Je voulais disposer d’un parking gratuit où stationner en toute tranquillité ma voiture de collection que je me refuse à garer dans la rue. Aussi, à la vue d’une offre ainsi libellée (et en capitales) – PRIX PARKING OFFERT -, j’ai cru mon souhait exaucé.
Mais une fois parvenu en Picardie, j’ai découvert que “parking offert” supposait que mon hôte me confie un code qui me permette de “relâcher” sur une chaussée valéricaine sans acquitter un racket. Sans payer donc mais à la condition (infiniment contraignante) de penser à recharger le parcmètre au milieu de la journée, précisément au moment où le touriste lambda baguenaude de randonnée en excursion, pédale, chevauche, navigue (voire, en l’occurrence, patauge dans la boue de l’estuaire). Pour une fois que l’on avait le temps de s’abandonner aux “mobilités douces” chères aux décarbonateurs, c’est loupé !!!
Trois jours durant, nous avons dû caler notre emploi du temps sur ce fichu horodateur qui, parfois, refusait de prolonger notre tranquillité. Nous avons donc souffert de ce dispositif dont la gratuité est conditionnée à une organisation millimétrée stressante jusqu’à ce que mon épouse, obstinée, opiniâtre, têtue, ne finisse par trouver le truc (soit le laps de temps empreint de désintéressement municipal durant lequel on peut modifier la plage horaire).
Plus globalement, nous avons découvert pédibus, en déambulant dans la cité médiévale et dans les quartiers les plus excentrés de Saint-Valéry-sur-Somme, que les édiles de cette bourgade (2400 habitants) touristique avaient fait le choix de la truffer de parcmètres. Il y a en a partout. Même devant les fermes. Aucune artère n’a été oubliée. Les silhouettes charognardes de ces percepteurs d’une sorte d’octroi sur le bonheur automobilistique déploient leurs ailes sévères.
Immédiatement, on s’interroge. Combien coûte un parcmètre ? La douloureuse additionne le prix de la borne, son installation (scellement et raccordement) par les services concernés, les coûts de la maintenance technique, ceux de la sécurisation des paiements, ceux de la collecte, ceux de l’énergie (panneaux solaires). En règle générale le prix oscille entre 5 000 et 7 000 euros. Combien Saint-Valéry-sur-Somme en compte-t-elle ? La municipalité ne juge pas utile de communiquer sur le nombre, sur l’investissement, sur les objectifs, atteints ou manqués de cette politique de gestion des flux touristiques. Compte-tenu que nous avons bien vu 500 parcmètres, à 5 000 euros l’unité, un calcul basique révèle déjà un “billet” de 2 500 000 euros. Que les visiteurs de passage, qui doivent gâcher de précieux instants de vacances pour comprendre le fonctionnement du système et s’y soumettre cachent leur joie va sans dire. On veut croire que les Valéricaines et Valéricains, eux, apprécient la manière dont leurs élus dépensent l’argent public.
Pour être tout à fait complet sur mon séjour en Baie de Somme, je dois reconnaître que j’y ai dégusté un des meilleurs breakfasts qu’il m’ait été donné de gouter, que les rapports qualité-prix de la restauration locale témoignent des difficultés du secteur (en clair c’est très moyen au regard de l’addition gonflée), que notre hébergeur a su dans son Alice Room créer une atmosphère “fantastique” (dans le vraie sens du terme) qui non seulement rend hommage à Lewis Caroll mais aussi, mais surtout, distingue cet hébergement avec une savante originalité. Si l’on précise que l’homme vante ses prestations avec une emphase que ne renierait pas Cyrano (ni mon pote Leo), j’aurais dit tout le bien que je pense du Lapin Blanc.
B.NO
Chers lecteurs,
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A vos plumes les amis !
Salut !